mardi 1 décembre 2020

Soyons Sylvêtres

Des êtres des bois, des troubadours follets mais troublants, une voix forte ...

Les Ogres ont les mots justes :

"Mais quelle année de merde !

On t'embrasse, Anne" 

vendredi 27 novembre 2020

Autoritarisme et indignation

Dans le contexte anxiogène dans lequel nous vivons, véhiculé par les autorités et largement relayé dans les médias, il est facile de succomber à la tentation complotiste ; quelque chose que j'essaie de ne pas faire. Et c'est difficile en ces temps où l'urgence sanitaire nous impose des restrictions de libertés.  Seulement...

...Seulement, il y a des signaux qui m'inquiètent :

- par un décret du 14 août 2020, tout une palanquée de compétences  de services déconcentrés de l'État, qui relevaient du premier ministre sont placés sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, via le préfet (merci Reporterre d'avoir attiré mon attention dessus) : "urbanisme, logement social, biodiversité, transition écologique, agriculture, éducation populaire, jeunesse et sport", oui oui, tous ces sujets traités par des services déconcentrés (administrations départementales...) sont désormais de la responsabilité du ministère de l'Intérieur, et plus du tout des ministères qui ont les compétences techniques pour traiter ces domaines. J'ai comme un doute sur l'intérêt que Darmanin porte au changement climatique, mais on peut y voir aussi une mise de tous ces domaines de compétences sous la tutelle du seul ministère qui régit l'ordre. Dès lors, comment ne pas avoir l'impression de humer de désagréables remugles d'autoritarisme?

- le très controversé article 24 de la loi sur la sécurité nationale a été voté à l'Assemblée vendredi soir, assorti de l'amendement que Darmanin, poussé par l'opposition et une partie de son propre camp, a dû y adjoindre. Malgré cette modification, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre cette loi. Et pour cause : le fond de la loi reste intact.

Note : j'ai commencé à écrire cet article le 21 novembre. L'article 24 a été voté le 20. Le 26, Castex annonce qu'une "commission indépendante chargée de proposer une nouvelle écriture de l’article 24" va être créée, provoquant l'ire des députés LREM, menés par le précédent ministre de l'Intérieur, castaner. Vers quelle nouvelle rédaction de ce texte allons-nous ? Suite au prochain épisode...

Pour replacer les choses dans leur contexte, la création de cette commission intervient à la suite de la levée de boucliers des ONG, et après la diffusion de cette vidéo de policiers tabassant un producteur de musique, apparemment sans aucune provocation, sous le prétexte d'un masque pas mis. En république, il n'est pas acceptable que des personnes détentrices de l'autorité publique ne soient pas exemplaires (oui, je sais, c'est une phrase qui peut faire rire jaune), et que ces personnes s'imaginent possible d'agir de la sorte en toute impunité, sous la protection de leur uniforme. Et pour cette vidéo largement diffusée, combien d'actes de ce genre ont été perpétrés, non détectés et donc impunis, car sans preuve ?

Malheureusement, il est probable que le gouvernement qui, en bon élève de Machiavel, se sert de la peur de l'autre, le différent, comme d'un aiguillon pour diriger le troupeau plébéien, ne reflète ici que la très forte émergence des pensées populistes dans le monde entier, et chez nous aussi.

Et je renvoie à cet article pour l'histoire des lois scélérates.

J'attends de voir ce que tout cela va donner. Peut-être les choses changeront-elles lorsque cet épisode "coronavirus" sera passé. Et si je ne suis pas tout à fait encore dans l'indignation (Re-note : en fait, après avoir visionné la vidéo, si, complètement, mais je laisse cette phrase car c'était mon état d'esprit du moment), car les circonstances sont si particulières, je serai vigilant à ce que la privation de liberté que nous subissons actuellement prenne fin. Et je renvoie aux mots de Stéphane Hessel :

"Le motif de base de la Résistance était l'indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance, et des forces combattantes de la France Libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie."

mardi 28 juillet 2020

Gisèle Halimi



Plaidoirie Gisèle Halimi procès de Bobigny (voir avec la cause des femmes)

Je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un parfait accord entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre, et ma condition de femme. (…) Si notre très convenable déontologie prescrit aux avocats le recul nécessaire, la distance d’avec son client, sans doute n’a-t-elle pas envisagé que les avocates, comme toutes les femmes, étaient des avortées, qu’elles pouvaient le dire, et qu’elles pouvaient le dire publiquement comme je le fais moi-même aujourd’hui. (…)
Ce que j’essaie d’exprimer ici aujourd’hui, c’est que je m’identifie précisément et totalement avec MmeChevalier et avec ces trois femmes présentes à l’audience, avec ces femmes qui manifestent dans la rue, avec ces millions de femmes françaises et autres.
Elles sont ma famille. Elles sont mon combat. Elles sont ma pratique quotidienne. Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi à laquelle je dénie toute valeur, toute applicabilité, toute possibilité de recevoir aujourd’hui et demain le moindre sens, que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe la femme. (…) C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans argent et des sans relations qui est frappée. Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs. (…) Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un PDG de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs? Vous condamnez toujours les mêmes, les “Madame Chevalier” (…) Retournons aux sources.
Pour que MarieClaire, qui s’est trouvée enceinte à 16 ans, puisse être poursuivie pour délit d’avortement, il eut fallu prouver qu’elle avait tous les moyens de savoir comment ne pas être enceinte, et tous les moyens de prévoir. Ici Messieurs j’aborde le problème de l’éducation sexuelle. Vous avez entendu les réponses des témoins. Ce que je voudrais savoir, c’est combien de Marie-Claire en France ont appris qu’elles avaient un corps, comment il était fait, ses limites, ses possibilités, ses pièges, le plaisir qu’elles pouvaient en prendre et en donner? Combien? Très peu, j’en ai peur. (…)Je voudrais savoir combien de parents – et je parle des parents qui ont les moyens matériels et intellectuels de la faire – abordent tous les soirs autour de la soupe familiale l’éducation sexuelle de leurs enfants. Madame Chevalier, on vous l’a dit, n’avait pas de moyens matériels et elle n’avait pas elle même reçu d’éducation sexuelle. (…)
Pourquoi ne pratique-t-on pas l’éducation sexuelle dans les écoles puisqu’on ne veut pas d’avortement? Parce que nous restons fidèles à un tabou hérité de nos civilisations judéochrétiennes qui s’opposent à la dissociation de l’acte sexuel et de l’acte de procréation.
Ils sont pourtant deux choses différentes. Ils peuvent être tous les deux actes d’amour, mais le crime des pouvoirs publics et des adultes est d’empêcher les enfants de savoir qu’ils peuvent être dissociés. (…)
Deuxième responsabilité: l’Accusation. Peut-elle établir qu’il existe en France une contraception véritable, publique, populaire, gratuite? Je ne parle pas de la contraception gadget, de la contraception clandestine qui est la nôtre aujourd’hui. Je parle d’une véritable contraception. Or la contraception, à l’heure actuelle, c’est peut-être 6 ou 8 % des femmes qui l’utilisent. Dans les milieux populaires, c’est à peine 1 % des femmes. (…)
Dans la logique de la contraception est inscrit le droit à l’avortement. Supposez qu’on oublie sa pilule. On peut oublier sa pilule. Supposez l’erreur. L’erreur dans le choix du contraceptif, dans la pose du diaphragme. L’échec, l’erreur, l’oubli…
Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli? Est-ce que le progrès de la science n’est pas de barrer la route à l’échec, à la fatalité? (…)
Supposez que Marie-Claire ait décidé d’avoir cet enfant. Pensez-vous véritablement qu’elle aurait pu le garder, l’éduquer décemment, le rendre heureux et continuer de s’épanouir elle-même? (…)
Dire que la loi, bonne ou mauvaise, est la loi, est un refus de prendre ses responsabilités, et aussi – je le dis très franchement – ce n’est pas digne de ce que doit être la magistrature. (…)
On vous dit que vous devez “dire le droit”. Mais “dire le droit” n’a jamais voulu dire devenir une justice robot et se désintéresser des grands problèmes de notre vie. (…) A-t-on encore le droit aujourd’hui en France, dans un pays que l’on dit civilisé, de condamner des femmes pour avoir disposé d’elles-mêmes ou pour avoir aidé l’une d’entre elles à disposer d’elle-même? (…) Ce jugement de relaxe sera irréversible, et à votre suite, le législateur s’en préoccupera.”
Extraits de la plaidoirie de Gisèle Halimi
lors du procès de Bobigny
"Avec l'aimable autorisation de Gisèle Halimi et de Choisir la cause des femmes

Voici une femme qui est décédée, mais qui n'est pas morte.

 

lundi 20 juillet 2020

Chloé & Vassilena Serafimova

Je suis totalement nul en musique électro ; je n'y connais rien,  ou si peu (à part Fakear, et encore...Corona ? Non, je blague) que c'est à peu près pareil. Mais je suis tombé totalement par hasard sur un truc que j'ai trouvé prenant, hypnotisant, génial :


Je ne connais aucune de ces deux artistes. Mais j'adore ce mélange entre deux savoir-faire, deux techniques différentes mais qui se rejoignent dans un monde qu'elles nous font partager. J'aime le contraste entre l'agitation organique de l'une et la concentration hiératique de l'autre ; j'aime le fait que les appuis de l'une changent au gré de l'intensité qu'elle met dans ses percus, et que les doigts seuls de l'autre créent un atmosphère lourde ou légère.
Et j'aime le fait qu'elle se rejoignent sur un même ensemble mélodique, une même montée en tension, une même œuvre. Ensemble, avec leurs différences, elles créent quelque chose, une mélodie, un même rythme.


vendredi 22 mai 2020

Et Mory Kante...



Putain, ce blog ressemble à une rubrique nécro...
Comme Asimbonanga, A vava Inouva et d'autres (pêle-mêle : Animals des Floyd, Le Forestier, Barbara, Brassens, Tombé du ciel, Tracy Chapman, etc. merci les parents), Yeke yeke fait partie de mon univers musical depuis que je me souviens en avoir un, d'univers musical.
Je ne connais que cette chanson de ce chanteur, mais ça fait partie des quelques chansons que je peux me mettre quand j'ai besoin de me mettre un coup de boost depuis toujours, de cassettes audio il y a bien bien long à clé USB maintenant.

lundi 18 mai 2020

Qui me dira la montagne, la mer, et l'aventure ?

J'ai fait il y a maintenant un certain temps deux calligraphies pour mes deux amies Céline et Christine, sur la base de textes qu'elles ont écrit. Comme je les leur ai désormais données (déconfinement oblige), je peux les montrer ici (désolé pour la qualité des photos, j'avais une mauvaise lumière) :

 
 
Qui me dira ?

Là, c'est une transcription en chinois de mots forts du texte qui avait été écrit :

Wen tì (la question)
Shān (la montagne)
Jì yù (le hasard / l'aventure)

Comme hier on s'est baladé à la mer et que c'était bien chouette, pour le souvenir d'un canon à la maison des douaniers :
J'assume totalement le côté carte postale basique de cette photo !

On un peu fait comme tout le monde, je pense qu'on avait tous besoin de ré-élargir nos horizons ce week-end après cette période de repli physique sur soi. En l'occurrence, Internet a eu du bon, car dans une certaine mesure le réseau a permis de conserver des liens non physiques (écrits, échanges vidéo, etc.) avec des personnes qu'il n'était plus possible de voir physiquement. Mais il paraît maintenant nécessaire de se décramponner de l'hypnotique écran pour revenir à la réalité tangible de l'extérieur.

Tant qu'à mettre des trucs faits à l'encre de Chine, j'en profite pour mettre aussi un essai de héron (plus ou moins imaginaire, hein), que j'aime bien :


Même si on voit les hésitations dans certains traits, je suis carrément fier d'avoir fait ces dessins / calligraphies !

dimanche 10 mai 2020

L'orage

Juste parce qu'un orage c'est trop beau, qu'en Bretagne ils sont rarement aussi intenses, et qu'on a passé une soirée cool hier à l'observer avec les enfants :







dimanche 3 mai 2020

Idir...

Idir est mort hier.

A vava inouva a accompagné ma vie d'aussi loin que je me souvienne. Un clic sur l'image vous amènera à la version de cette chanson que j'ai toujours connue :

https://www.youtube.com/watch?v=8qcSdqc7QYo

 Voici une autre chanson, Ssendu, dont je dois à un concert Tayfa de l'avoir découverte, dans mon adolescence :
 
https://www.youtube.com/watch?v=4rbSbWxDpbM
 
Au-delà de la madeleine de Proust, écho de la nostalgie qui m'accompagne souvent, Idir a toujours été un partisan du mélange de cultures, travaillant souvent, par exemple, avec des artistes celtiques. Je mets ci-dessous une version kabyle de Scarbourough fair, chantée avec sa fille :

https://www.youtube.com/watch?v=5POMNp8OVNQ


Et Isaltiyen avec Alan Stivell :

https://www.youtube.com/watch?v=a0sgDoObO3g

Et puis, pour faire écho à un précédent billet, un dialogue avec Johnny Clegg :
 
https://www.youtube.com/watch?v=ct7TGM99n3A

En visioconf s'il vous plaît

Hier, un ambassadeur de l'ouverture à l'autre s'en est allé.

 

mercredi 29 avril 2020

La fête des chouettes

Pour continuer de jouer avec les mots, j'ai pris 15 mots dans le Seigneur des Anneaux (François je ne te remercierai jamais de me l'avoir ramené d'Angleterre), et j'ai essayé de faire une acrostiche plus ou moins rimée d'au moins 8 lignes ; ça a donné ça :

Of owls’feast I will tell you here,
Walking under a full moon, there is no room
Left for worries, nor for fear.
Sending a hoot, they fly, as they for mice loom.
For they are night predators, with their beady eyes seeing
Everything, hearing all the little sounds of the undergrowth ;
And as they spot a prey, in a quick fall,
Suddenly on the unfortunate, be it mammal or moth,
They feast in advance on their next coming meal.


Mots : they, men, bodies, for, of, evidently, there, suddenly, send, your, it, and, walking, left, quick.

En discutant avec Christine de ce texte, je me suis rendu compte qu'en voulant m'extraire de l'univers de Tolkien, le sujet est devenu automatiquement lié à la nature. C'était totalement involontaire, d'autant que l'ensemble des mots tirés au sort est commun et n'est lié à aucun de ces deux thèmes. Du coup, j'ai pris la résolution d'essayer de sortir de ma zone de confort pour les prochains textes, à voir si j'arrive à m'y tenir !

dimanche 5 avril 2020

L'Exil

Je participe avec deux amies depuis quelque temps à des ateliers d'écriture informels, et l'un de ces ateliers m'a donné l'occasion d'écrire ce texte :

Errant en fuite de mon pays en ruine, je
Traîne les souvenirs meurtris de ma vie passée aux feux
Rageur de la brutalité, indifférent de la realpolitik.
Armé de mon seul courage en lambeaux, de ma panique,
Nourri, à peine, chancelant, je cherche un paradis de paix, où ?
Gênés par notre apparence d’ailleurs, et par notre nombre,
Et par leur réflexe avide de non-partage, ils nous le refusent. Nous
Resterons les étrangers au visage sombre.

Je l'ai lu, et transmis à l'émission la Chronique des Confins, sur Timbre FM, et si vous avez envie d'endurer la mauvaise qualité de l'enregistrement et ma voix...ma voix, quoi, ben c'est écoutable à cette adresse : https://timbrefm.fr/actualites/chroniques-des-confins-chapitre-03/

Merci beaucoup à Christine pour les contraintes du thème et de l'acrostiche !

lundi 30 mars 2020

Article sans titre

Aujourd'hui, j'ai envie de partager ce poème, je suis tombé dessus par hasard tout à l'heure sur le site de Libé :

Un jour j’ai pris la route ancienne
à travers prés friches lavognes
jusqu’au village
où gît sous une dalle
dans la fauve glèbe ruthène
le père du père de mon père

Je ne connais pas son visage
la couleur de ses yeux
s’il avait une barbe d’empereur
ou les nobles gauloises
des paysans en vareuse bleue
qui ont offert à mon enfance
leur senteur de luzerne et de lait

Tintait pour moi la même cloche
qu’au morne jour de son glas
le soir ou le matin
d’un hiver immobile de neige
parsemé de corneilles
ou d’un été de blés roux
dans les coquelicots en fanfare

J’ai marché sur l’herbe grasse
de ses berges coutumières
entre les vergnes et les saules
respirant la sombre odeur
lumineuse des truitelles

et dans les fayards s’envolait
le rire moqueur du pivert
que je n’avais pas oublié

Bien qu'il ne colle pas tout à fait, il résonne assez fortement avec mon actualité personnelle, une actualité sur laquelle je ne veux pas m'étendre ici.  Je n'ai pas le goût d'étaler des évènements trop personnels sur un blog, sauf à travers le prisme de l'écriture et avec une certaine distance. Mais ce texte semble approprié.

jeudi 26 mars 2020

Écœuré

L'autre jour, en allant faire mes courses (dûment muni de mon attestation...), j'ai vu ça placardé sur un bus :
OK, donc : l'argent est l'objectif à atteindre, qui donne la respectabilité ; les gens qui taguent / banlieusards sont forcément des gens avides, ce qui est différent d'être dans le besoin ; le sport n'est qu'un moyen d'enrichissement.

Comment c'est possible d'avoir encore foi en l'espèce humaine ?

J'ai rien d'autre à dire : pas étonné, non. Écœuré.


lundi 16 mars 2020

Le complexe de Chita

Mardi dernier, sous l'impulsion de Céline, on est allés voir le spectacle de marionnettes Le complexe de Chita, par la compagnie Tro-Heol. Une présentation du spectacle par la compagnie elle-même est accessible en suivant ce lien : comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, je ne vais pas refaire cette présentation.

Je vais dire, par contre, à quel point c'était impressionnant.

La première chose qui m'a frappé, avant même de détailler les marionnettes, c'est la fluidité des gestes, des enchaînements de séquences. C'est un ballet, un ballet sur fond noir, par des danseurs de noir vêtus, qui savent faire oublier la présence de leur corps au profit de leurs mains et de leurs marionnettes. De leurs visages, aussi : comme un mime qui incarnerait les émotions de sa marionnette, le marionnettiste, muet, est expressif - du coin de l'œil on le voit et on imprime son expression sur le visage de la marionnette en mouvement. Les deux ne font alors qu'un être hybride, vivant.

C'était impressionnant, également, par la richesse des thèmes abordés : le monde de l'enfance, le rêve (quelle  séquence magnifique et inquiétante), une touche de fantastique - de ce fantastique dont on ne sait pas très bien s'il est bénéfique ou non, peut-être n'est-il d'ailleurs ni l'un ni l'autre, nous extirpant ainsi d'une vision binaire du monde -, de burlesque et de drame, le contact avec le mensonge, la mort et la dureté de la vie, la responsabilité imposée, le déterminisme, qui suis-je, suis-je nécessairement dans la lignée de mes parents, et quelle place prendre dans ce monde d'adultes qu'on découvre à chaque pas qu'on fait, de même qu'on se découvre soi-même ? 

Et les marionnettes. À les voir, je n'avais pas deviné la technique précise d'articulation et d'équilibrage nécessaire à ce qu'elles aient des mouvements si naturels, derrière la jute de leurs vêtements. 

Un mot de l'éclairage, précis, parfaitement synchronisé, propre à créer les ambiances, et qui participe aussi grandement à la "disparition" des marionnettistes derrière leurs marionnettes, et à la magie des enchaînements.

Enfin, ça faisait longtemps que je n'avais pas écouté du Queen ; eh bien j'ai adoré voir le clip de I want to break free (totalement kitchissime, j'adore) façon marionnettes !

Je n'ai pas vu le temps passer. C'était une soirée riche de découvertes. Un grand merci donc à Céline pour nous avoir motivés à venir, et pour les explications !

D'aucuns diront que ce n'était pas très responsable de sortir à ce moment-là, en pleine montée en puissance du coronavirus. Ce n'est pas faux, bien sûr. Mais en même temps (!), quelques jours après que notre adorable président soit allé au théâtre, pourquoi nous en serions-nous privés ? Le spectacle vivant est, par essence, un combat contre l'immobile, le froid, l'inanimé. Y aller était un acte de résistance. Bien sûr, depuis, la résistance a pris un autre visage ; le discours présidentiel de ce soir y a veillé, et à raison pour une fois. 
Une remarque cependant : les annonces de ce soir ont montré combien ce gouvernement est capable de prendre des décisions radicales dans des situations d'urgence immédiate. Que ne le fait-il également pour cette situation d'urgence moins visiblement immédiate qu'est le changement global...